Depuis le début de ma courte carrière de maîtresse, je n’avais jamais osé évaluer mes élèves autrement que par la traditionnelle évaluation sommative de fin de séquence. J’avais en-tête mes fiches de préparation très belles, colorées, détaillées : séance de découverte, leçon, exercices d’application et paf évaluation de fin de séquence. « Rangez vos cahiers, vous avez 1 heure ! Attention, écoutez bien, sinon vous n’allez rien savoir faire à l’évaluation de jeudi ! » Bon je grossis un peu le trait mais vous avez bien saisi le concept. Puis j’ai débarqué à l’école de la forêt, avec un triple niveau.


Mon constat de départ


L’année dernière, je suis tombée sur des élèves stressés par les évaluations. Des élèves pleuraient d’angoisse. Les compétences étaient pourtant maîtrisées mais l’idée de sacraliser ce moment, où le silence règne, où l’élève est seul face à ses difficultés à voir les autres finir avant lui, était terrible pour eux… J’ai eu un électrochoc. De mon côté, je ne sais pas si c’est le triple niveau qui m’a fait me rendre compte de cette évidence : j’avais l’impression d’être la conductrice de la locomotive du savoir et que si les élèves tombaient du train, je ne pouvais pas m’arrêter car il fallait que le train avance. Tant pis pour les compétences non maîtrisées, impossible de différencier davantage. Il fallait que j’arrête le train. Il fallait absolument qu’on prenne le temps, le temps d’assimiler des compétences, non pas pour l’évaluation, mais pour « leur vie d’adulte ».

J’ai donc cogité tout l’été et j’ai décidé d’instaurer un nouveau fonctionnement : les évaluations auto-gérées. Je me suis restreinte au domaine des mathématiques où les compétences sont les plus explicites. J’ai consacré une grande partie de mon été à réfléchir à sa mise en place, à élaborer des documents pour mes futurs loupiots. Et je dois avouer que je ne suis pas peu fière du résultat..


C’est quoi des évaluations auto-gérées ?


Lorsque nous avons terminé de travailler sur une compétence de maths, l’élève décide ou non qu’il est prêt à s’évaluer sur celle-ci. L’élève est maître de ses évaluations de mathématiques, il gère seul son planning d’évaluations. L’évaluation n’est plus sur un temps précis mais se déroule lorsque l’élève se sent prêt. S’il ne se sent pas prêt, il peut avoir du temps supplémentaire pour s’entraîner sur cette compétence ou bien la retravailler avec moi (en APC, en groupe de besoin…).

Les compétences validées seront répertoriées dans un livret de réussites que chaque élève possède. Il sert de « bilan » à chaque vacances pour les parents et de garde mémoire de l’élève pour observer ses progrès, son évolution.


Comment tu t’es organisée, toi la maîtresse ?


Pour mettre en place ce fonctionnement d’évaluations par compétences, j’ai, tout d’abord, listé et codé toutes les compétences de mathématiques pour mes CE2, mes CM1 et mes CM2 en lien avec les programmes et mes manuels. J’ai ensuite réparti ces compétences codées sur mes 5 périodes en m’aidant de ma programmation de maths.

J’ai ensuite créé des vignettes-compétences : elles comprennent la compétence et un code. Une fois validée, je donne la vignette compétence à l’élève qui la colle dans son fichier de réussites. Il a fallu aussi que je crée un fichier d’évaluations pour chaque niveau. J’ai donc fabriqué un fichier comprenant 2 évaluations pour chaque compétence de mathématiques : la 2ème évaluation sera faite si l’élève n’a pas réussi la première. Double chance. Les évaluations sont minimalistes : 2 ou 3 exercices seulement. Je pense que si la compétence est acquise, il n’est pas nécessaire de faire 15 000 exercices.

Pour avoir un suivi des compétences validées de chaque élève, j’ai customisé un cahier de notes (trouvé sur des catalogues scolaires). A chaque fois que je corrige une évaluation, je la reporte dans mon cahier de suivi. Je peux donc avoir une vue d’ensemble de l’avancée des évaluations sur la période. Cela me permet aussi de voir la réussite globale pour chaque élève ou, a contrario, de constater si une compétence doit être retravaillée par l’ensemble de la classe.

A chaque semestre, je me sers de mon cahier de suivi pour renseigner la partie mathématiques du Livret Scolaire Unique.


Et ça fonctionne comment en classe concrètement ?


A la fin d’un séquence de mathématiques, je distribue la ou les vignettes-compétences correspondantes. Les élèves vont ensuite se positionner sur le tableau des évaluations. Soit ils épinglent leur étiquette et sont donc prêts à s’évaluer, soit ils l’accrochent dans un autre coin de la classe, ne se sentent pas prêts et souhaitent s’entraîner davantage sur cette compétence.

J’ai instauré un créneau « Évaluations auto-gérées » dans mon emploi du temps, au moment de ma séance de maths. Sur 1 heure de mathématiques par jour, mes élèves travaillent 30 minutes avec moi et ont donc 30 minutes d’évaluations auto-gérées (ou une autre activité mathématiques s’ils sont à jour de leur évaluation). Sur ce créneau là, l’élève va voir son tableau, choisit la compétence sur laquelle il doit s’évaluer, prend l’évaluation et se met au travail en toute autonomie .

Nous avons dû instaurer des règles en début d’année : les évaluations se font seul, sans l’aide de personne. Si je n’y arrive pas, je ne me bloque pas, je retenterai l’évaluation une prochaine fois (grâce à la 2nd évaluation). Je ne dois pas laisser trainer des évaluations, sinon c’est la maîtresse qui m’impose un jour pour la faire.


C’est organisé comment tout ça dans ta classe ?


J’ai privilégié un endroit dans la classe « spécial évaluations auto-gérées ». Le tableau est à hauteur des enfants pour qu’ils puissent « patafixer » les vignettes. Il me permet d’un coup d’œil de voir qui doit faire une évaluation ou qui se laisse déborder par le nombre d’évaluations à faire. Au pied du tableau, se trouve une grand boite contenant les cahiers de réussites (où ils collent les évaluations réalisées) et un lutin pour chaque niveau contenant toutes les évaluations photocopiées de la période.

Quand l’élève a une évaluation à faire : il prend l’évaluation dans le lutin, il la colle dans son cahier de réussite. Il détache l’étiquette compétence et la « patafixe » sur son évaluation. Enfin, il dépose son cahier dans une autre petite boite « à corriger ».

Chaque soir, je prends les cahiers de la boite à corriger. Généralement il y en a 5 ou 6. Je corrige, je reporte le résultat sur mon cahier de suivi. J’indique sur le cahier de l’élève si la compétence est validée. Le lendemain, il regarde son cahier, si la compétence est validée, il détache la vignette compétence et va la coller dans son livret de réussites.

Les vignettes : J’ai photocopié les vignettes dans 3 couleurs différentes. 1 par niveau. Je garde les vignettes. J’ai acheté chez Action des petits trieurs format enveloppe où je range les vignettes par période. Lorsque nous avons fini de travailler une compétence, je sors la vignette et les enfants vont se positionner. Cela me permet de réguler le flux des évaluations.


Les avantages ? Les inconvénients ?


+ désacralise l’évaluation : les élèves gagnent en confiance, ne sont plus bloqués face à l’évaluation et à la difficulté.

+ permet d’évaluer chaque compétence et d’avoir une vision juste du niveau de l’élève. Certaines compétences sont même validées directement par l’observation au quotidien.

+ différencier : ce système me permet de cibler plus facilement les difficultés. Je fais donc des groupes d’APC ou de besoin en classe pour retravailler certaines compétences. Il permet de retravailler des compétences d’un niveau inférieur ou au contraire d’avancer pour les plus à l’aise.

+ gagner en autonomie : les élèves sont de plus en plus autonomes et arrivent à évaluer une possible réussite de manière très juste.

+ gagner du temps : on ne perd plus de temps à faire des évaluations collectives où certains ont fini en 15 minutes.

– demande une grande organisation, un grand travail en amont et un étayage élaboré.

– il est encore difficile de trouver du temps en classe pour s’entraîner sur les compétences ou retravailler certaines compétences.

– système chronophage : cela demande beaucoup de préparation, de papiers, de photocopie.


 Mon bilan de mi-parcours


Après 6 mois d’utilisation, même si ce temps est trop court pour faire un réel bilan, je suis satisfaite de ce système. Les élèves jouent le jeu, ils n’ont jamais rechigné à s’évaluer, au contraire. Certains ont réalisé qu’ils étaient capables de réaliser de grandes choses. Si je fais un bilan des réussites, mon cahier de suivi est majoritairement vert. J’attendrai la fin de l’année pour dresser un vrai bilan des réussites des élèves. Les élèves sont enthousiastes à l’idée de gérer eux-mêmes leurs évaluations. Il y a encore quelques élèves à qui je dois rappeler de coller les vignettes, de faire les évaluations mais on progresse tous les jours.

Pour ma part, le temps consacré cet été à préparer les évaluations m’a fait gagner beaucoup de temps au quotidien. Le soucis reste le côté chronophage du système. Je souhaiterai, pour l’année prochaine, rendre les évaluations informatisées. Les élèves imprimeraient leurs évaluations directement, sans avoir à faire mille photocopies à chaque vacances. Je dois encore améliorer mon système d’entrainement. Les élèves en difficulté ont dû mal à s’entrainer, se réévaluer puis gérer les nouvelles évaluations. L’évaluation de certaines compétences passent donc un peu à la trappe même si je me sers des exercices quotidiens pour en avoir un aperçu. D’autre part, j’aimerai réussir à proposer un fichier sur tout le cycle.. mais difficile quand on est à cheval sur 2 cycles et seule dans son école.

Pour conclure, j’envisage d’étendre ce type d’évaluations à l’étude de la langue puis aux autres domaines. Cela demandera du travail de réflexion et d’organisation mais pourquoi pas un jour… Pour moi, l’évaluation fait partie entière de l’apprentissage et demande aussi de prendre du temps. Alors j’espère qu’un jour, peut-être, j’arriverai à ne plus entendre  « Maîtresse, j’ai trop peur, j’ai pas bien révisé pour mon évaluation » 😉


Documents à télécharger :


Les compétences de maths et français codées pour les CE2 CM1 CM2 :

   

Le livret de réussites CE2, CM1, CM2 :

         

Les vignettes compétences CE2, CM1 et CM2 :

    

Les évaluations auto-gérées : A VENIR (je suis en train de les retaper à l’ordinateur! vaste chantier)